60 ans sans jamais se laver : découvrez le quotidien hallucinant de cet homme

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Imaginez une vie sans douche, sans bain, et même sans la moindre goutte d’eau savonneuse effleurant votre peau durant plus de soixante ans. Non, ce n’est pas le synopsis d’un film d’anticipation farfelu, mais bien le quotidien hallucinant d’Amou Haji, reconnu comme l’homme le plus sale du monde. Prêt à plonger (prudemment) dans cette histoire peu commune ?

Un homme, un mythe : Amou Haji au cœur de l’Iran

Amou Haji, affectueusement surnommé « l’oncle Haji », vivait à la périphérie du village de Dezhgah, dans le district de Dehram, une région reculée du sud-ouest de la province iranienne du Fars. Les habitants du coin, témoins de sa vie atypique, affirmaient que sa peau, semblable à du cuir, n’avait jamais connu le contact réconfortant de l’eau et du savon depuis plus de soixante ans. Un exploit d’endurance olfactive, mais surtout, un choix : celui d’un isolement extrême, que les villageois attribuaient à un profond revers émotionnel survenu dans sa jeunesse.

La peur de l’eau… ou plutôt, de la maladie !

La question qui titillait tout le monde : pourquoi un homme refuserait-il de se laver pendant une aussi longue période ? Selon ses propres dires et la rumeur locale, Amou Haji était persuadé que se laver pourrait le faire tomber malade. Inversement à nos habitudes modernes où hygiène rime avec santé, il avait développé une peur viscérale de l’eau et du savon, voyant dans le moindre bain un risque plutôt qu’une bénédiction.

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Il est d’ailleurs décédé à l’âge vénérable de 94 ans, fort de son record personnel et mondial de « propreté inversée ». Rien que ça ! C’est l’occasion rêvée de s’arrêter avec Georges Vigarello, spécialiste de l’histoire de l’hygiène et de notre rapport au corps, sur cette drôle d’association entre saleté, peur et santé…

Quand les bains font peur : petit détour par l’histoire de l’hygiène

À première vue, l’explication d’Amou Haji semble invraisemblable pour le commun des mortels. Si on se lave, c’est bien pour éviter les maladies, non ? Pourtant, l’équation santé = propreté, loin d’être universelle à travers les siècles, a eu de nombreux détracteurs.

  • Une légende, probablement enjolivée, raconte par exemple que Louis XIV n’aurait pris qu’un ou deux bains au cours de sa vie.
  • Georges Vigarello, historien passionné, l’a montré dans « Le Propre et le Sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Âge » : certaines époques furent marquées d’une véritable peur de l’eau et une méfiance profonde envers les bains. Oui : on accusait même les eaux des thermes et bains publics de propager les maladies !
  • Conséquence de ces croyances : la fermeture progressive des bains publics, ce qui contribua… à la fin des grandes épidémies de pestes. Comme quoi la logique historique sait parfois faire le grand écart avec les évidences scientifiques contemporaines !

La perception de la propreté, du corps et de son entretien s’est donc beaucoup transformée avec le temps, l’effort physique ou même la moralisation du corps s’invitant parfois dans le débat (comme le rappelle aussi Georges Vigarello à propos de la religiosité dans le sport… et du président en jogging : tout un programme !).

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Le corps, ce drôle de compagnon entre esprit et histoire personnelle

Ce récit étonnant nous ramène à la vision du corps. « Avoir un corps, c’est ce qui peut arriver de mieux », écrivait Amélie Nothomb à travers la voix de Jésus dans son roman « Soif ». Un aphorisme qui prend une saveur particulière face à l’histoire austère d’Amou Haji, qui aura traversé différentes étapes de santé, et, comme le disait Nietzsche, sans doute autant de philosophies intimes.

L’aventure d’Amou Haji met aussi en lumière cette dualité : notre histoire individuelle façonne notre rapport au corps, tout comme la grande Histoire façonne l’écriture de ces récits hors normes.

En conclusion, n’oublions pas que si la norme sociale du savon quotidien fait figure d’autorité indiscutable aujourd’hui, elle n’est ni universelle, ni intemporelle. L’exemple d’Amou Haji montre que la frontière entre propreté, santé et croyance est parfois floue. Un rappel olfactif, certes musclé, mais utile pour questionner sans cesse nos routines… et la façon dont on considère ceux qui choisissent, à rebrousse-poil (et de préférence loin du robinet), d’inventer leur propre vie.

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